Campagne Troisième Choix
Fiche d’information : Compressions dans les programmes fédéraux en science et recherche
Le gouvernement fédéral pratiquera des coupes importantes à la recherche scientifique dans le cadre des compressions générales des services publics annoncées dans son budget de 2012.
Les compressions de plus de 13 millions de dollars à Environnement Canada en 2012-2013 auront des conséquences directes sur la recherche scientifique et les programmes de surveillance, en éliminant les évaluations environnementales pour les grands projets d’extraction des ressources. Le Conseil national de recherches a récemment avisé son personnel qu’il réduira progressivement ses opérations de recherche à Winnipeg et Calgary, et qu’il fera des mises à pied d’ici la fin de l’été. Santé Canada prévoit réduire ses dépenses de plus de 100 millions de dollars seulement cette année, amputant ainsi grandement la capacité de recherche de l’Agence de la santé publique du Canada, des Instituts de recherche en santé du Canada et d’autres secteurs névralgiques.
C’est une attaque en règle contre la recherche effectuée dans le secteur public.
Retombées du budget 2012 : les laboratoires fédéraux sont en péril
Depuis le dépôt du budget fédéral 2012, il y a deux semaines, le gouvernement a discrètement fermé plusieurs laboratoires et centres de recherche dans tout le Canada. Ces fermetures auront de graves conséquences sur la santé et le bien-être des Canadiennes et Canadiens. La recherche effectuée dans ces laboratoires permet de faire des percées importantes et de protéger tant l’environnement que la santé publique.
- En avril 2012, le Conseil national de recherches du Canada a annoncé qu’il supprimera 47 postes à l’Institut du biodiagnostic de Winnipeg. Ces chercheurs et scientifiques seront au chômage à compter de juillet prochain. L’Institut compte 200 employés répartis entre Winnipeg, Halifax et Calgary et conçoit des appareils médicaux pour le diagnostic précoce de maladies telles que le cancer et les ACV. Le fédéral fermera l’Institut et le restructurera.
- Le gouvernement fédéral ferme les laboratoires d’inspection des aliments à St. John’s (Terre-Neuve) [en anglais seulment], qui sont administrés par l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Du coup, il abolit 14 postes. Les laboratoires étaient responsables d’inspecter les produits de la pêche… ces aliments seront désormais envoyés à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse. Étant donné que la durée de conservation des produits de la mer est de 48 heures, il est possible qu’ils n’arrivent pas à temps au laboratoire de Dartmouth. C’est la santé des Canadiennes et Canadiennes qu’on met ainsi en péril. L’ACIA doit fermer ces laboratoires parce que Harper réduira son budget de fonctionnement de 56 millions de dollars au cours des trois prochaines années.
- Le fédéral transférera le Centre pour la défense des végétaux [en anglais seulment], situé sur l’île de Vancouver, à la station de recherche située dans l’Okanagan. Le Centre mène des études sur des pratiques durables susceptibles de réduire l’utilisation de pesticides. Sa fermeture est très problématique, car les études sur la sélection des plantes s’étalent souvent sur des décennies, ce qui exige un financement stable.
- Le Centre de recherches sur les céréales de Winnipeg [en anglais seulment] (Manitoba) est administré par Agriculture et Agroalimentaire Canada. Environ 230 personnes y travaillent, dont 30 scientifiques. Le Centre mène des études sur l’amélioration génétique du blé et de l’avoine et sur l’amélioration de la qualité des céréales et de leur résistance aux maladies et aux insectes ravageurs. En avril, le gouvernement a annoncé que le Centre fermera ses portes en avril 2014 et que la plupart des scientifiques seront placés ailleurs. Cette décision s’inscrit dans les mesures d’austérité annoncées dans le budget fédéral de 2012.
D’autres laboratoires sont également dans la mire des conservateurs :
- Le Centre scientifique canadien de santé humaine et animale (CSCSHA), situé à Winnipeg, abrite le Laboratoire national de microbiologie (le seul laboratoire au pays détenant le niveau 4 de biosécurité; il n’y en a que 15 au monde), l’Agence de la santé publique du Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) et le Centre national des maladies animales exotiques (CNMAE). Le CSCSHA est unique en son genre puisqu’on y étudie de pair les maladies humaines et animales. Il a largement contribué à cerner les poussées endémiques de grippe aviaire en 2004, 2005 et 2009 ainsi qu’un nombre important de grippes moins connues. Les techniciennes et techniciens en laboratoire du Centre se plient à des normes rigoureuses de confinement et d’exposition. Leur travail contribue à la production massive de vaccins contre la grippe. Ils veillent aussi à ce que le bétail et les produits de consommation et d’exportation canadiens répondent à des normes de qualité supérieures.
- Les chercheurs du Centre de recherche et de développement en horticulture situé à Saint-Jean-sur-Richelieu au Québec (un des 19 centres de recherche d’Agriculture et agroalimentaire Canada) ont réussi à réduire l’utilisation de pesticides sur les fruits et les légumes en mettant au point des biofongicides et des méthodes non chimiques pour préserver et améliorer la qualité des aliments entreposés.
- Les membres de l’AFPC travaillant au Programme de phytopathologie du Centre de recherches agroalimentaires du Pacifique, à Summerland en Colombie-Britannique, font de la recherche de pointe afin d’établir des pratiques écologiquement responsables et rentables. Au cours des 15 dernières années, le personnel a été pionnier des méthodes rapides de détection des maladies végétales et des méthodes de traitement efficaces et sûres – y compris un nouveau traitement contre la moisissure (savon Palmolive) et un processus de fumigation des petits fruits au moyen de vinaigre plutôt que de produits chimiques (bientôt sur le marché).
- Le Centre de foresterie des Grands Lacs, situé à Toronto, est parmi six centres semblables au pays. Le personnel a été le premier à mettre au point le TreeAzin, un insecticide systématique servant à protéger les frênes contre l’agrile du frêne, un insecte extrêmement ravageur qui a détruit des millions de frênes en Amérique du Nord.
- Le personnel technique des laboratoires fédéraux a accumulé 40 ans de données sur la qualité de l’eau en aval des sables bitumineux de l’Alberta. Son travail, conjugué aux études sur la qualité de l’eau effectuées dans la vallée de la rivière Rouge, dans les parcs fédéraux et partout au pays, contribue à l’évaluation critique de l’impact du changement climatique sur l’environnement, l’agriculture, l’eau potable, les loisirs, la santé publique et l’économie.
- L’Institut national de recherche sur les eaux, situé à Burlington en Ontario, est la plus grande institution de recherche sur l’eau douce au Canada. De concert avec les divers laboratoires chargés d’essais environnementaux partout au pays, l’Institut surveille la qualité de l’eau et produit des analyses et des données scientifiques nécessaires au soutien des ressources et des écosystèmes d’eau douce pour la faune et la population canadienne.
- Les instituts de recherche en santé du Canada sont de grands innovateurs : mise au point d’un vaccin contre la maladie d’Alzheimer chez les souris; candidat-vaccin contre le génome du SRAS; vaccin contre l’E. coli chez le bétail; et, traitement du diabète chez les souris à partir de cellules souches.
Les coupes ont commencé bien avant le budget 2012!
En 2007, déjà, le gouvernement fédéral annonçait qu’il fermerait des laboratoires fédéraux et transférerait les activités de recherche menée par la fonction publique aux universités et aux autres institutions privées. La réduction du financement public oblige toutefois plusieurs universités à compter davantage sur le financement du secteur privé, ce qui compromet la recherche scientifique menée dans l’intérêt public.
- Conseil national de recherches Canada : 35 millions de dollars en 2009. Les Instituts de recherche en santé du Canada, le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada et le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada : budgets amputés de 113 millions de dollars sur trois ans. Un pourcentage important des scientifiques et des universitaires qui travaillent au Canada ont recours à ces agences pour financer leur recherche.
- En décembre 2011, 400 emplois touchés au ministère des Pêches et Océans. Ces compressions auront des répercussions directes sur la surveillance des stocks de poissons. Les quotas se rapportant à chaque espèce seront établis tous les 3 à 5 ans, plutôt qu’une fois l’an. Il reviendra donc maintenant à l’industrie de s’occuper de la surveillance des stocks et d’en assumer les coûts et la responsabilité.
- En août 2011, 700 emplois abolis à Environnement Canada notamment parmi les météorologues, les scientifiques, les chimistes et les ingénieurs. Quelques mois plus tôt, le gouvernement avait déjà remercié 50 scientifiques contractuels chargés d’étudier les changements climatiques. Puis, en avril 2012, 137 membres de l’AFPC ont été avisés que leur poste pourrait être aboli.
- En septembre 2011, le gouvernement annonçait qu’Environnement Canada allait éliminer un réseau de surveillance essentiel à la protection de la couche d’ozone. Les chercheurs de partout au monde ainsi que l’influent journal britannique Nature en ont été consternés. À leur avis, cette décision met en péril les programmes de surveillance internationaux ainsi que la réputation du Canada.
- En octobre 2011, le Réseau canadien de l’environnement a dû fermer ses portes lorsqu’Environnement Canada lui a retiré son financement. Pendant 34 ans, ce réseau servait de pont entre le gouvernement fédéral et 640 organismes environnementaux au pays.
Museler les scientifiques et étouffer la recherche
Le gouvernement Harper tient à contrôler tous les messages et, par conséquent, a muselé les scientifiques fédéraux pour que les Canadiens n’apprennent rien au sujet de la recherche qu’ils financent à même leurs impôts.
- On interdit aux chercheurs environnementaux de présenter les conclusions de leur recherche dans le cadre de conférences et de parler aux médias.
- Les rapports scientifiques dévoilés au public sont maintenant discrètement affichés sur les sites Web du gouvernement le vendredi après-midi pour mieux dissimuler ces renseignements importants.
- Les scientifiques fédéraux doivent dorénavant obtenir l’approbation de leur ministre avant de s’adresser aux médias. Cela implique un va-et-vient de questions et réponses avec plusieurs personnes. Il faut parfois plus d’une semaine pour préparer un message. Or, un tel délai est beaucoup trop long pour les journalistes.
- En 2010, on a interdit à Scott Dalimore, scientifique à Ressources naturelles Canada, de discuter publiquement avec le magazine Nature des conclusions de ses recherches sur une inondation survenue à la fin de la dernière période glaciaire. Difficile d’imaginer que la recherche sur un événement préhistorique vieux de 13 000 ans soit controversée!
- Récemment, Kristina M. Miller, chef d’un projet de 6 millions de dollars sur la génétique du saumon au ministère des Pêches et Océans a été bâillonnée par le gouvernement fédéral pour éviter qu’elle discute publiquement de ses recherches.
Un troisième choix s’impose!
La politique scientifique au Canada en est à une étape décisive. Le gouvernement oblige la population à choisir entre une économie forte et de bons services publics comme ceux que nous venons de décrire. Les Canadiens ne devraient pas avoir à faire de tels choix. Ils veulent les deux et en ont besoin. Nous nous entendons tous sur l’importance d’investir dans la recherche et en reconnaissons les avantages. Pourtant, le fédéral coupe les vivres aux chercheurs. Il réoriente le financement vers des secteurs qui s’alignent sur ses priorités politiques ou des projets qui comportent des avantages sur le plan commercial. Une telle approche ralentit nos progrès scientifiques.
Le Canada doit à tout prix continuer à s’investir dans la recherche universitaire indépendante et les activités scientifiques. Lorsqu’on le compare à d’autres pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Canada s’en remet davantage au secteur public dans le domaine de la recherche. Les entreprises canadiennes ne financent que 54 % de la recherche au pays, alors que les autres pays de l’OCDE affichent une moyenne de presque 70 %. Par contre, les universités, les collèges et le gouvernement sont responsables de 46 % de toute la recherche au pays, ce qui est de beaucoup supérieur au 28 % des autres pays membres de l’OCDE.
Le Canada doit se doter d’une politique scientifique qui place l’intérêt public au premier plan et qui mise sur la recherche menée par l’État et les travaux indépendants des établissements d’enseignements postsecondaires, un système qui a fait ses preuves.
La nouvelle politique devrait reposer sur les trois piliers suivants :
- continuer à investir dans la recherche en s’inspirant des priorités fixées par la communauté scientifique;
- respecter l’intégrité et l’autonomie de la recherche universitaire et collégiale; et
- appuyer davantage les activités scientifiques gouvernementales.
Plus que jamais, le Canada doit investir dans la science et la recherche.
Date de modification : 2012/04/22








