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Par porteur
Par télécopieur - 990-2806
Le 24 août 1999
- Lhonorable Lucienne Robillard
- Présidente du Conseil du Trésor
- LEsplanade Laurier, 9e étage
- 140, rue OConnor
- Ottawa (Ontario)
- K1A 0R5
Madame la ministre,
Lors de mon exposé, ce matin, devant le Comité sénatorial des
banques et du commerce, jai dévoilé les résultats dun sondage
dopinion sur le sort du surplus de la caisse de retraite. Le sondage, commandé par
lAFPC et réalisé par la firme ENVIRONICS Research Group, a révélé que seulement
un mince pourcentage des répondantes et des répondants appuient la position défendue
par le gouvernement, à savoir quil a le droit de retirer la totalité du surplus de
30 milliards de dollars.
En fait, le sondage général Focus Canada dENVIRONICS a
révélé que 51 % des personnes interrogées, soit dix fois le nombre de répondantes et
de répondants qui considèrent que le gouvernement a le droit de retirer la totalité du
surplus accumulé, appuient la proposition selon laquelle les adhérentes et adhérents au
régime ont droit à la totalité de lexcédent.
Le « sondage effectué auprès de 2 018 Canadiennes et
Canadiens de plus de 18 ans a été réalisé à domicile entre le 2 juillet et le 2 août
1999 » et les résultats sont « considérés exacts 19 fois sur 20, sous
réserve dune marge derreur de plus ou moins 2,2 % ».
La firme ENVIRONICS a posé la question suivante :
« Le gouvernement fédéral a déposé un projet de loi qui,
sil est adopté, retirerait les 30 milliards de dollars en surplus accumulé dans le
fonds de pension des employés du gouvernement fédéral. Cependant, la contribution des
employés du fédéral a été de 40 pour cent et la contribution du gouvernement a été
de 60 pour cent. Est-ce que vous pensez que le gouvernement fédéral a le droit de
retirer a) la totalité du surplus accumulé ; b) 60 pour cent du surplus
accumulé ; ou c) na pas le droit de retirer quoi que ce soit du
surplus ? »
Voici quelles ont été les réponses des Canadiennes et des
Canadiens :
5 % estiment que le gouvernement a le droit de retirer la totalité
du surplus accumulé;
29 % estiment que le gouvernement a le droit de retirer 60 pour cent
du surplus accumulé ; et
51 % estiment que le gouvernement na pas le droit de retirer
quoi que ce soit du surplus.
Je ne recommanderais pas que le gouvernement établisse une politique
en fonction des résultats de sondages, mais lopinion publique est sans contredit un
facteur qui doit être pris en compte. Selon moi, il incombe, dans la gestion des affaires
publiques, de se laisser guider par les principes de justice, dintégrité et
dhonnêteté, et il ny a parfois pas concordance entre ces principes et
lopinion publique.
Lorsque des principes inhérents à la notion de bon gouvernement ne
concordent pas avec lopinion publique, le gouvernement est en droit de ne pas tenir
compte de lopinion publique.
Cela dit, lorsque ces principes et lopinion publique convergent,
lopinion publique devrait guider davantage les pouvoirs publics. La question de
lexcédent est un cas en lespèce.
La justice évoque lidée que les adhérentes et adhérents au
régime devraient avoir droit à une part du surplus de la caisse de retraite, au moins
dans la proportion de leurs cotisations directes complètes et de leurs cotisations
indirectes partielles.
Lintégrité sous-entend que les pouvoirs publics usent de leur
pouvoir législatif avec discrétion et font plus souvent quautrement appel à la
consultation, à la négociation ou à la médiation de bonne foi.
Lhonnêteté donne à entendre que si le gouvernement a droit
à la totalité du surplus de la caisse de retraite, comme il le prétend, il permettrait
que la question soit arbitrable par la voie des tribunaux au lieu de la trancher par
ladoption dune loi prépondérante.
Vous trouverez ci-joint copie de mon exposé devant le
Comité sénatorial des banques et du commerce, afin que vous puissiez prendre
connaissance de lanalyse plus détaillée que jai faite du sondage. Ci-joint
aussi copie des tableaux dans lesquels sont consignés les résultats, afin que vous et
vos hauts fonctionnaires puissiez les analyser et en tirer vos propres conclusions.
Cela dit, je tiens à signaler que les conclusions logiques
simposent presque delles-mêmes, parce quil importe peu de savoir qui a
répondu à cette question. En effet, la réponse est presque toujours identique quel que
soit lâge des répondantes et répondants, leur sexe, leur niveau
dinstruction, leur religion, leur état civil, leur langue, leur statut de
propriétaire ou de locataire, leur adhésion ou non à un syndicat, leur niveau de
revenu, leur profession, leur région, la taille de leur agglomération et leur opinion
politique.
Compte tenu des arguments pondérés
invoqués sur la répartition du surplus, que nous avons présentés au comité
consultatif lan dernier et rendus publics par la suite devant le comité sénatorial
le 9 juin 1999 ;
Compte tenu de lobligation implicite quont les pouvoirs
publics dagir de façon équitable et que lon considère telle ;
Compte tenu de lobligation qui incombe au gouvernement
dagir de façon honnête ; et
Compte tenu de lopinion publique, et
Compte tenu de votre position (que vous mavez exposée dans la
lettre du 20 août 1999) selon laquelle le projet de loi C-78 doit être adopté sans
amendement avant que soient envisagées dautres décisions concernant la réforme
des pensions, jai exhorté vivement le Comité sénatorial des banques et du
commerce et tout le Sénat à rejeter le projet de loi.
Cela dit, et comme je lai précisé dans la lettre du 23 août que je vous ai adressée, vous
avez encore la possibilité de prendre les mesures qui simposent. Si vous croyez
vraiment à une réforme de la pension qui profite à toutes les parties, vous avez le
pouvoir de faire en sorte que cela se réalise. Même si les résultats du sondage
révèlent un appui de taille à la position adoptée initialement par lAFPC, selon
laquelle les membres ont droit à la totalité du surplus de la caisse de retraite, je
demeure prêt et disposé à participer à une rencontre, sans conditions préalables,
pour régler la question avant le vote définitif au Sénat.
Veuillez agréer, Madame la ministre, mes salutations distinguées.
Le président national,
Daryl T. Bean
- c.c. Le très honorable Jean Chrétien
- Sénateur Alasdair B. Graham
- Sénateur Michael Kirby
- Sénateur David Tkachuk
- Syndicats siégeant au CNM
233 Gilmour, Ottawa, ON K2P OP1
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