Document de discussion de l’AFPC : Mondialisation
Introduction
Le terme « mondialisation » englobe un bon nombre
d’activités commerciales et gouvernementales destinées à fournir aux
sociétés le droit d’être exploitées à l’échelle internationale en
vertu de règles communes. Par définition, ces règles freinent le pouvoir des
gouvernements d’appliquer leurs propres règles et lois et mènent à une
perte de contrôle des ressources nationales et du développement économique.
Compte tenu de la portée considérable de la mondialisation
et de sa capacité d’affaiblir le rôle et l’imputabilité des gouvernements,
il faudrait veiller attentivement à ce que la mondialisation profite à tous,
pas seulement au secteur des sociétés.
La mondialisation au Canada a pris trois formes
particulières :
-
la croissance des organismes transnationaux et des réseaux d’entreprises
qui traversent le pays et les frontières continentales;
-
les accords entre les gouvernements aux niveaux « régional »
et international;
-
les institutions financières internationales et leur pouvoir d’influencer
nos politiques nationales.
Attendu que la mondialisation résulte, à tout le moins en
partie, de l’expansion et de la consolidation des entreprises, il se peut fort
bien qu’elle soit inévitable et irréversible. Cela étant dit, la question
est la suivante : comment un secteur d’entreprises mondialisé peut-il
servir à promouvoir les intérêts économiques, politiques et sociaux des
citoyens et citoyennes à l’échelle de la planète?
Qui dirige?
Les sociétés ne peuvent fonctionner globalement dans l’intérêt
de tous les peuples que si elles sont régies par des règles conçues non
seulement pour faciliter le commerce mais pour garantir la protection des
personnes.
Les règles du commerce sont intégrées dans une toile
complexe d’accords commerciaux internationaux et régionaux. Au Canada,
ceux-ci comprennent l’Accord de libre échange nord-américain (ALENA) et l’Accord
général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT). Des tentatives de
négociation d’un Accord multilatéral sur l’investissement (l’AMI) ont
également eu lieu. En outre, des efforts sont actuellement consentis pour
négocier l’Accord de libre échange des Amériques (ALEA) qui couvre les
Amériques du Nord et du Sud ainsi que l’Accord général sur l’échange de
services (GATS) qui élargit essentiellement le GATT pour inclure les services.
L’Organisation mondiale du commerce (OMC) joue un rôle
clé dans la mondialisation – notamment en renforçant le GATT et en
facilitant les négociations du GATS.
Que manque-t-il?
Les accords commerciaux ont été négociés pour faciliter
le commerce, et toutes les autres questions connexes sont demeurées secondaires.
Par conséquent, peu d’attention a été portée aux droits des travailleurs
et travailleuses, à la protection de l’environnement, à l’égalité des
sexes et des races et à faire en sorte que les pays en développement soient
traités équitablement.
Les accords commerciaux en vigueur aujourd’hui sapent la
souveraineté nationale, favorisent la privatisation des services
gouvernementaux et leur prestation et permettent aux sociétés d’affaiblir le
pouvoir législatif et réglementaire du gouvernement. Mais ils vont encore plus
loin. En vertu de l’ALENA, par exemple, les sociétés comme Ethyl
Corporations peuvent poursuivre les gouvernements canadiens et les agences pour
obtenir une compensation financière lorsqu’elles considèrent que les
règlements et les lois du gouvernement nuisent à leur capacité de générer
un profit. Par conséquent, les politiques gouvernementales dans bon nombre de
secteurs, notamment les domaines aussi importants que la protection de l’environnement
et des ressources naturelles, sont régulièrement révisées par le ministère
des Affaires étrangères et du Commerce international!
Mesures prises par l’AFPC à ce jour
La première intervention d’importance de l’AFPC sur le
plan de la mondialisation remonte aux négociations de l’Accord de libre
échange Canada-É.-U. à la fin des années 80. De concert avec le mouvement
ouvrier, le Réseau canadien d’action et les autres partenaires de coalition,
l’AFPC a produit de l’information populaire sur les effets néfastes de l’ALE
sur les travailleurs et travailleuses du Canada, leur famille et leur
collectivité. Par la suite, nous avons soutenu l’opposition canadienne qui,
en définitive, a fait échouer l’AMI.
Plus récemment, l’AFPC a décidé de reprendre le débat
sur la mondialisation. Pourquoi? Parce que nous avons la responsabilité directe
de représenter nos membres et de négocier de bonnes conventions collectives,
et parce que notre lutte contre la mondialisation vise à défendre l’emploi
et la sécurité d’emploi d’un grand nombre de nos membres. Nous avons
également la responsabilité sociale de lutter pour améliorer la société
dans laquelle nous vivons. Notre lutte contre la mondialisation des entreprises
protège et défend les services publics pour tous les Canadiens, y compris les
membres de l’AFPC.
Depuis l’automne 2000, l’AFPC et nos membres dans bon
nombre d’emplacements ont manifesté contre le GATS, l’ALEA et les
organismes qui les défendent à Seattle, Québec, Vancouver et Ottawa. Nous
avons également coparrainé une caravane conçue de façon à renseigner, à l’échelle
du Canada, les collectivités sur les répercussions des accords commerciaux et
de la mondialisation. Ces actions ont fait l’objet de débats, et le Conseil
national d’administration les a officiellement approuvées en janvier 2001.
En outre, le Comité exécutif de l’Alliance a fait de la
défense des services publics-mondialisation l’une de ses trois priorités d’action
politique pour 2001. En plus des activités susmentionnées, l’AFPC a, sous ce
thème, soutenu les actions de nos partenaires sociaux, y compris le Front
commun sur l‘OMC et Common Frontiers. Nous avons également entrepris des
projets de recherche sur la portée et l’influence du pouvoir des entreprises
en matière de soins de santé et autres services publics et participé à la
Marche des femmes de 2000 qui a attiré l’attention sur les répercussions de
la mondialisation. Nous collaborons également à l’élaboration d’un projet
international de mobilisation et d’éducation publique sur l’impact de la
mondialisation des entreprises et sur la façon de riposter.
Nos objectifs
À titre de syndicat impliqué dans la lutte contre la
mondialisation des entreprises, nos objectifs sont les suivants :
-
protéger les services publics;
-
mobiliser nos membres pour contester les accords commerciaux qui
affaiblissent les services publics et la souveraineté du Canada;
-
obliger les sociétés et les gouvernements à rendre compte de la façon
dont ils traitent les travailleurs et travailleuses au Canada et partout au
monde.
En conjonction avec les mouvements ouvriers canadiens et
internationaux, nous demandons aux ministres du Commerce et aux gouvernements de
veiller à ce que tout accord commercial respecte les principes suivants :
-
protéger les droits fondamentaux des travailleurs et travailleuses contre
l’exploitation commerciale mondiale;
-
réformer le système commercial mondial pour qu’il bénéficie aux
pauvres des pays en développement;
-
offrir des services de santé et d’éducation publique universels de
qualité non assujettis aux règles de l'OMC;
-
fournir des médicaments abordables pour combattre les maladies comme le
VIH-SIDA;
-
ouvrir le système de l’OMC à la consultation avec les syndicats et les
autres représentants démocratiques de la société civile.
Questions de discussion
L’AFPC a entrepris un processus destiné à orienter son
prochain congrès sur les questions politiques qui constituent une priorité
pour le syndicat et ses membres. Le Conseil national d’administration a
défini la mondialisation comme une des questions devant figurer à l’ordre du
jour.
Lorsque vous pensez à la mondialisation, quels aspects vous
préoccupent le plus?
Que signifie pour vous la mondialisation à titre de
travailleur ou de travailleuse? À titre de membre d’une communauté? À titre
de membre d’un syndicat? À titre de Canadien ou Canadienne?
Quelles sont quelques-unes de nos lacunes dans nos
connaissances au sujet de l’impact de la mondialisation sur les membres de
notre syndicat? De quels outils d’éducation avons-nous besoin?
Avez-vous participé de quelque façon au débat sur la
mondialisation? Avec qui, quel organisme? Qu’avez-vous appris? Quelles mesures
avez-vous prises?
Quelles mesures devrons-nous prendre, individuellement et
collectivement, à l’échelle locale, régionale, nationale et internationale?
Pourquoi la mondialisation devrait-elle faire partie du
programme de l’AFPC et être abordée par les délégué-e-s au Congrès
triennal 2003? Sur quels aspects de la mondialisation devrions-nous nous
concentrer? Quelle forme pourrait prendre le plan d’action de l’AFPC sur la
mondialisation? Quelles stratégies devrions-nous adopter?
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