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Modernisation de la fonction publique
PAR
TÉLÉCOPIEUR - 990-1849
Le 15 septembre 2000
John Fryer
Président, Comité consultatif sur
les relations patronales-syndicales
Case postale 1525, Station B
Ottawa (Ontario)K1P 5V2
Monsieur,
Je tiens tout dabord à vous
remercier, vous et les autres membres du comité consultatif, de nous avoir invité à
nous présenter devant vous le 30 août dernier alors que vous amorciez la phase du projet
où des recommandations seront rédigées.
Comme vous le savez, la séance du 30 août
marque la troisième fois que lAlliance a eu loccasion de se présenter devant
les membres du comité consultatif pour adresser certaines des frustrations profondes que
nous, et nos membres employés par le gouvernement fédéral, éprouvent depuis plus de
vingt ans. Une frustration qui est enracinée dans une structure de négociation et un
cadre législatif vétuste et préjugé en faveur de lemployeur.
Votre empressement à consulter et à
examiner dans ses grandes lignes les questions et les solutions possibles, est apprécié,
et jespère que vous allez continuer de nous tenir au courant à mesure que les
options pour le changement se resserrent et que les recommandations que vous envisagez
deviennent plus claires et plus précises.
Lorsque nous nous sommes présentés devant
le comité consultatif, le 30 août, nous avions préparé une déclaration qui abordait
quelques-unes des questions que nous considérions importantes. Comme cela se produit
invariablement dans des processus de ce genre, les échanges durant la période de
questions et réponses nous ont poussés vers des aspects différents et ce quon
peut caractériser comme des terrains inexplorés. Étant donné que certaines de ces
questions vont vraisemblablement être abordées de nouveau, et avec dautres
intervenants, durant vos délibérations à venir, je crois quil est essentiel que
lAlliance énonce clairement sa position.
Lorsquil sagit de la réforme
du cadre législatif applicable à la négociation collective dans le secteur public
général, lAFPC soutient que la première priorité est double. Cest-à-dire,
nous croyons quun cadre législatif redéfini et réorienté doit prévoir un
certain équilibre des forces entre lemployeur et les syndicats qui représentent
les travailleurs du secteur public fédéral, et éliminer simultanément les obstacles à
une approche efficace, opportune et globale à la négociation.
Par conséquent, à moins que vous ne
fassiez quelque chose de concret pour limiter la capacité du gouvernement-employeur de
modifier les règles par voie législative lorsquil nobtient pas ce quil
veut à la table de négociation, la frustration, la colère et lhostilité,
actuellement évidentes dans le processus, vont se poursuivre.
Il est vrai, également, que le processus
défini aux termes de la Loi sur les relations de travail dans la fonction publique, dans
sa version actuelle, est simplement trop lent. Bref, il y a beaucoup trop détapes
qui doivent être franchies avant quun groupe de négociation puisse exercer son
droit de grève. Outre les délais intégrés au système en vertu du cadre législatif,
il y a le fait que le processus administratif défini par la Commission des relations de
travail dans la fonction publique - et particulièrement les ressources insuffisantes
quelle met à la disposition du processus - retarde la négociation davantage.
Ainsi, nous tenons à ce que le comité
consultatif sache bien que lAFPC nappuiera aucune recommandation qui prolonge
les délais existants, et nous avons recommandé fortement un processus qui permet aux
parties de négocier et de parvenir à un moment déterminé dans le processus, dans les
six mois de lexpiration dune convention collective en vigueur.
Comme première étape, cela exigerait un
effort sérieux pour simplifier la situation relative aux désignations et aux services
essentiels, afin que cela ne retarde jamais plus létablissement dun bureau de
conciliation et, par-dessus tout, de rendre une grève inefficace.
Nous soutenons également que
lintégrité de nos unités de négociation doit demeurer intacte dans tout cadre
législatif révisé sur la négociation, et les unités doivent continuer à avoir le
droit de négocier individuellement toutes les questions qui font partie de leurs
conventions collectives respectives. On pourra peut-être fort bien faire valoir que la
mise en application de la NGC donnera lieu à une situation où lemployeur est
déterminé à négocier des augmentations du taux salarial de base - par exemple, des
augmentations économiques générales - qui sont communes à tout le secteur public, mais
en bout de ligne, les unités de négociation doivent demeurer autonomes dans tout code du
travail remanié.
LAFPC négocie avec le Conseil du
Trésor à cinq Tables où, dans la plupart des cas, nous avons consolidé un certain
nombre de professions diverses dans une seule convention collective. Selon notre
expérience, chacune de ces cinq Tables a des perspectives différentes sur un nombre de
questions importantes, y compris les taux de salaire et la façon dont les augmentations
salariales devraient être structurées. Cela nest pas seulement leur prérogative
en vertu de la loi actuelle et de presque toutes les lois du travail que jai
examinées, mais cela est raisonnable, logique et approprié.
Ainsi, le groupe des agents de correction,
dont le groupe comparable identifié est celui de la GRC, a un programme de négociations
et une justification pour un taux salarial particulier qui est différent de celui de nos
membres de la Table 2, où les taux de rémunération régionaux et la durée du travail
constituent le facteur déterminant.
Étant donné quil existe des
différences identifiables, nous sommes convaincus que le rapport de forces doit continuer
de refléter et de protéger lautonomie de chaque groupe, Bien plus, les
différences identifiables entre les groupes dans un syndicat sont encore plus prononcées
dans lensemble du secteur public. La culture et les approches différentes à la
négociation existent ete vont continuer à exister, et il est inconcevable quune
structure de négociation, qui tente daborder la négociation fédérale comme masse
homogène, soit efficace.
Cela ne signifie pas que la négociation ne
peut et ne devrait pas être coordonnée. Il est manifeste pour tous que le Conseil du
Trésor tente de coordonner la négociation pour tous les groupes représentés par divers
syndicats, comme cela est sa prérogative. Il est vrai, aussi, que lAFPC et
dautres syndicats et associations du secteur public fédéral agissent de même. Par
exemple, lAFPC vient tout juste de terminer une conférence nationale sur la
négociation au nom de nos membres représentés aux Tables 1, 2, 3 et 5. Bien que ces
Tables se réunissent individuellement en caucus pour aborder leurs revendications
particulières, y compris la façon dont une augmentation salariale devrait être
structurée, elles se rencontrent également en séance plénière pour aborder le
contexte de la négociation, tant du point de vue politique quéconomique.
Toutefois, et nous insistons sur ce mot, en bout de ligne, chaque Table a son propre
mandat et le pouvoir de déterminer comment elle va négocier chacune des questions.
Au cours de la dernière ronde, nos cinq
Tables du Conseil du Trésor ont constitué une équipe technique composée de
représentants de chaque Table, pour négocier le réaménagement des effectifs et aborder
les questions de la pension et des soins de santé. Elles ont confirmé léquipe
technique pour la présente ronde de négociations et, tout probablement, elles aborderont
la NGC et le réaménagement des effectifs à cette tribune.
Comme ancien négociateur, vous savez bien
que les décisions de négocier en coalition ou de négocier des questions pour
lensemble des groupes constituent la prérogative de lemployeur et des agents
négociateurs, et ces décisions ne peuvent et ne doivent pas être imposées par voie
législative.
Je parlerai à présent du Conseil national
mixte et de son rôle dans le processus de négociation.
Bien que le Conseil national mixte continue
daborder des questions qui sont communes à lensemble de la fonction publique,
la participation dun syndicat donné à une question du CNM est la prérogative de
ce syndicat. LAFPC, par exemple, sest retirée de la directive du CNM sur le
réaménagement des effectifs et elle a négocié un réaménagement distinct dans les
conventions collectives de lAFPC. La directive du CNM et lappendice de
lAFPC sont essentiellement les mêmes, mais lappendice de lAFPC a
lavantage de sappliquer à la majorité de nos membres, peu importe
quils fassent partie ou non du CNM. Par le passé, nous nous sommes retirés du CNM
au regard dautres questions, notamment le régime de soins dentaires, et il se peut
fort bien que nous le fassions de nouveau lorsque cest dans le meilleur intérêt de
nos membres de le faire.
Nous navons absolument aucune
objection à participer à un processus qui va renforcer le CNM, mais nous navons
aucun intérêt dans un processus qui lie nos membres au CNM, à perpétuité et sur
toutes les questions. Bien plus, même si le processus du CNM peut être et a été à
lavantage commun des agents négociateurs fédéraux et de lemployeur
fédéral, cest un processus qui limite la participation des membres à des
questions qui sont souvent importantes à tous les membres. Ceci étant le cas,
leffectif de tout groupe de négociation fédéral doit continuer davoir le
droit de se retirer du processus du CNM lorsquil croit que cest dans son
meilleur intérêt de le faire.
Dans cette élaboration des principes que
lAFPC croit que votre comité devrait recommander, nous croyons sans équivoque que
toutes les questions qui peuvent être intégrées à une convention collective - et il
devrait y en avoir davantage - demeurent la prérogative du groupe de négociation
individuel et du syndicat. Ainsi, même si nous décidons de permettre quune
question soit abordée à la table du CNM, cette décision est la nôtre et uniquement la
nôtre.
Je tiens également à préciser que la
situation de négociation est clairement définie dans la plupart des lois du travail et
elle identifie clairement lemployeur et lagent négociateur aux moyens
dune accréditation légale. Dans le cas du secteur public fédéral, cest le
Conseil du Trésor et non les ministères individuels qui est identifié formellement
comme lemployeur. Malgré cela, le Conseil du Trésor nest pas responsable des
opérations quotidiennes des ministères et il a démontré à plusieurs occasions
quil ignorait pourquoi des revendications contractuelles sont présentées et
pourquoi leur mise en application est au mieux des intérêts de lemployeur (au
palier ministériel) et des travailleurs fédéraux. Compte tenu de cette réalité, on a
fait valoir par le passé que les ministères devraient assumer un rôle plus
considérable dans le processus de négociation. LAFPC ferait bon accueil à une
situation où le Conseil du Trésor prête loreille et établit son mandat en
consultation avec les ministères, mais nous sommes catégoriquement opposés à un
système de négociation qui transfère la responsabilité directe de la négociation aux
ministères.
Pareillement et pour la même raison,
cependant, nous croyons que le Conseil du Trésor devrait être retiré de
léquation où les agences ont la responsabilité juridique demployeur. Comme
cest présentement le cas, nous avons un droit et une obligation juridiques de
négocier avec des agences distinctes telles lAgence canadienne dinspection
des aliments et lAgence des douanes et du revenu du Canada. Pourtant, même si nous
pouvons négocier avec ces agences, et même si elles sont lemployeur, le Conseil du
Trésor a, en bout de ligne, le pouvoir de refuser de signer ou de sanctionner une
convention collective. Cette situation a et continue davoir un impact négatif
considérable sur le processus de négociation pour les agences fédérales et mine la
capacité de la direction et des syndicats de concevoir des conventions collectives et des
conditions de travail qui correspondent à la réalité spécifique des lieux de travail
des agences.
Avant de terminer, jaimerais
commenter les coûts associés à des rapports employeur-syndicat, et la perception, dans
certains quartiers, que la situation actuelle relative à larbitrage en vertu de la
CRTFP est injuste. Bien quon puisse faire valoir que les syndicats, au palier
fédéral, devraient assumer une partie des coûts relatifs à la Commission des relations
de travail dans la fonction publique, associés à ces processus, les coûts ne sont
quun aspect qui doit être considéré.
Comme vous le savez, lAFPC a toujours
soutenu que les travailleurs du secteur public fédéral devraient être assujettis au
Code canadien du travail. Si cétait là votre recommandation, la question des
coûts serait réglée. Si, par contre, vous décidez de recommander une réforme de la
Loi sur les relations de travail dans la fonction publique et inclure les arrangements de
coûts qui existent aux termes du Code canadien du travail, vous recommanderez la
création du pire de deux mondes.
Sachez que lAFPC ne poursuit pas
devant la CRTFP des causes frivoles ou des causes sans bien-fondé. De plus, même si, en
vertu de la structure actuelle, les services de la CRTFP et ses arbitres ne coûtent rien
au syndicat, nous assumons néanmoins la responsabilité de coûts significatifs et
considérables en termes de salaires, dheures supplémentaires, de déplacements et
dhébergement. LAFPC soutient que si nous et dautres syndicats du
secteur public fédéral doivent assumer une partie des coûts du processus de la CRTFP et
de ses arbitres, nous devons avoir un rôle substantiel à jouer dans le processus. En
fait, nous demanderions davoir plus de contrôle sur la nomination des arbitres, et
le contrôle total sur le calendrier. De plus, nous insisterions pour que les personnes
nommées à la Commission soient représentatives des deux parties, comme elles le sont au
Conseil canadien des relations industrielles. Cest-à-dire, il faudrait quun
nombre égal de représentants des deux parties soient choisis et nommés.
Un dernier commentaire simpose au
sujet du mandat de la Commission. LAFPC croit que la gamme de questions qui peuvent
être adressées au palier final doit être élargie. À notre avis, la loi devrait être
modifiée de manière à rendre les griefs de classification et des droits de la personne
arbitrables, comme ils le sont présentement en vertu du Code canadien du travail.
Les questions identifiées dans la
présente, et les observations que jai formulées le 30 août, correspondent à ce
que je vois comme étant des principes sous-jacents dun rapport remanié et
restructuré au palier fédéral. Ceci dit, nous navons pas abordé dune
façon formelle un vaste inventaire de questions spécifiques qui vont probablement
influencer vos recommandations finales. Par conséquent, et comme je lai mentionné
auparavant, il nous ferait plaisir de nous présenter de nouveau devant vous, ou de
communiquer par écrit, au sujet des questions abordées par votre comité.
Sincèrement,
la présidente nationale,
Nycole Turmel |