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Lettre ouverte à Paul Martin

Le 3 décembre 2003 

L'honorable Paul Martin
Chef du Parti libéral du Canada
Chambre des communes
Ottawa (Ontario)
K1A 0A6

Monsieur Martin,

              Je tiens tout d'abord à vous féliciter pour votre élection à titre de chef du Parti libéral du Canada.  

              Dans un peu moins de deux semaines, vous deviendrez premier ministre. À ce titre, vous aurez à assumer un grand nombre de responsabilités et, si l'on en croit les médias, vous entreprendrez rapidement la restructuration du gouvernement. C'est une décision qui, bien sûr, vous appartient. Je vous prie, cependant, de prendre le temps de réfléchir aux répercussions qu'une autre restructuration des ministères et organismes gouvernementaux aura sur les travailleuses et les travailleurs de la fonction publique, dont plusieurs sont membres de l'Alliance de la Fonction publique du Canada.  

              Au cours de la semaine dernière, les médias ont émis des hypothèses selon lesquelles vous étiez prêt à regrouper sous un même toit une bonne partie des fonctions de sécurité du gouvernement. Toujours selon les médias, vous auriez l'intention de démanteler Développement des ressources humaines Canada et Patrimoine Canada et de réunir en un seul ministère les diverses fonctions du commerce. Les membres de l'Alliance de la Fonction publique du Canada ont inondé mon bureau de coups de téléphone, de lettres, de courriels et de fax pour exprimer leur frustration devant la possibilité d'une autre restructuration.  

              Vous avez passé beaucoup d'années au Parlement et au Cabinet, où vous avez souvent eu l'occasion de parler avec des travailleuses et des travailleurs de l'État qui sont des membres de l'Alliance de la Fonction publique du Canada. Vous êtes donc parfaitement au courant que le moral au sein des ministères et des organismes est extrêmement bas et que des changements apportés à la structure gouvernementale, sans consultation avec votre effectif et les syndicats qui le représentent, aggraveront la situation.  

              Si l'on tient à ce que la restructuration se fasse dans l'intérêt du public, il est d'abord essentiel de procéder à une véritable consultation de vos employé-e-s des ministères et organismes gouvernementaux visés. Si l'on veut que le processus de restructuration soit efficace, il faut également s'assurer que les nouveaux organismes qui dispensent des services rendent compte directement à la population canadienne.  

              Vous savez également que la dernière décennie a été marquée par de profonds changements dans le secteur public fédéral : gel salarial qui a duré six ans; suppression d'une dizaine de milliers d'emplois à la fonction publique fédérale; et création d'organismes chargés des services d'inspection des aliments, des douanes et du revenu ainsi que de l'exploitation et de l'administration des parcs nationaux canadiens. De plus, les aéroports et les services de navigation aérienne ont été cédés, et de nombreux autres services gouvernementaux ont été éliminés ou confiés séparément à des organismes d'exploitation de taille réduite.

                Aux yeux de ceux et celles qui travaillent pour le gouvernement dans l'intérêt public, il s'agit de la pire décennie qu'ils ont en mémoire. Des carrières ont été interrompues parce que des gens ont perdu leur emploi, dans certains cas, après plus d'une vingtaine d'années de loyaux services offerts à la population canadienne. Ceux et celles qui ont conservé leur emploi s'entendent pour dire que tout ce qui a changé, c'est le nombre de personnes qui effectuent le travail. Par conséquent, le stress a envahi le milieu de travail, la charge de travail est impossible à gérer, et des travailleurs et des travailleuses tombent malades tandis que d'autres démissionnent tout simplement de leur emploi à la fonction publique.  

              Selon les propos que vous avez tenus devant le Bureau du commerce de Montréal, l'examen des programmes, tel que décrit dans le budget fédéral 2003, deviendra un exercice permanent dans le cycle de planification du gouvernement. Plusieurs membres de l'AFPC qui ont communiqué avec moi au cours des dernières semaines ont peur que votre gouvernement ne soit sur le point de répéter les erreurs des années 1990, et je partage leur préoccupation. Nos membres s'inquiètent du fait que l'« examen des programmes » annoncé dans le budget 2003 énonçait un objectif financier spécifique – 1 milliard de dollars par année – peu importe ses incidences sur la prestation des services. En fait, si l'on en juge par ce qu'on a connu au milieu des années 1990 et par ce qu'on anticipe cette année, l'« examen des programmes » est un terme qui ne convient guère à cet exercice. Par le passé, le ministre des Finances ou le président du Conseil du Trésor avait annoncé une réduction des dépenses d'un montant spécifique et avait ordonné aux ministères et organismes de faire leur part en ce sens. La partie « examen » du processus a été somme toute oubliée. Voilà pourquoi nos membres craignent que l'examen des programmes perturbera à nouveau les services offerts au public et la vie de milliers de travailleuses et de travailleurs fédéraux.

                Si vous tenez à procéder à un examen des programmes, le processus devra cette fois se dérouler avec transparence et responsabilité. Vous n'avez cessé de répéter que ce sont là des qualités qui caractériseraient votre gouvernement, et je vous félicite pour cet engagement. Selon nous, l'exercice devrait comprendre des consultations avec les travailleuses et les travailleurs de première ligne et l'assurance qu'on tiendra compte de leurs commentaires. Il faut également ouvrir un débat public sur le rôle du gouvernement et la façon dont celui-ci peut répondre aux besoins et aux aspirations de la population. En termes clairs, la restructuration d'un gouvernement et l'« examen des programmes » ne devraient pas être comme dans le passé le privilège exclusif de quelques personnes qui agissent en secret.  

              En terminant, je vous prie instamment de nommer des représentants supérieurs de votre équipe de transition et du gouvernement pour mettre au point, en consultation avec les syndicats du secteur public fédéral, un processus qui garantit la participation des travailleuses et des travailleurs fédéraux de première ligne ainsi que de leur syndicat dans l'examen des programmes et dans toute restructuration visant un ministère ou un organisme. Votre gouvernement pourra ainsi répondre aux besoins et aux aspirations des Canadiennes et des Canadiens.

                Veuillez agréer, Monsieur Martin, l'expression de mes sentiments les meilleurs.  

 

La présidente nationale,
Nycole Turmel

 

 

Mise à jour: 04/12/03