Lettre
Le 25 octobre 2005
L’AFPC accuse le gouvernement fédéral de collusion avec Lakeside Packers et réclame une loi anti-briseurs de grève
L’honorable Joseph Frank Fontana
Ministre du Travail
165, rue Hôtel-de-Ville
Place du Portage, Phase II
10e étage
Gatineau (Québec) K1A 0J2
L’honorable Reg Alcock
Président du Conseil du Trésor
Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada
L'Esplanade Laurier, 9e étage, Tour est
140, rue O'Connor
Ottawa (Ontario) K1A 0R5
Messieurs les ministres,
C’est aujourd’hui le 14e jour de grève de l’Agence canadienne d’inspection des aliments contre la société Lakeside Packers - une grève marquée d’incidents violents directement attribuables au fait que le Canada n’a pas réussi à adopter une loi antibriseurs de grève ni des dispositions prévoyant l’arbitrage de la première convention collective, qui couvrent toutes les juridictions.
Les membres de l’AFPC employés par l’Agence canadienne d’inspection des aliments sont directement visés par ce conflit. En effet, bien qu’ils travaillent pour le gouvernement canadien, leur lieu de travail se situe à l’usine Lakeside Packers, à Brooks en Alberta et, malgré la grève qui sévit à l’usine, leur employeur les oblige à se présenter au travail. Le gouvernement du Canada et ses divers ministères et agences ont affirmé par le passé, et affirment encore aujourd’hui, que leur priorité, en tant qu’employeurs, est d’assurer la sécurité des travailleuses et des travailleurs. La grève à Brooks en Alberta est un exemple frappant du décalage qui existe entre les belles paroles de l’employeur et la dure réalité. Dans les faits, le gouvernement du Canada, par l’intermédiaire de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, place quelque 30 membres de l’AFPC directement au cœur d’un conflit de travail ayant donné lieu à plusieurs incidents violents au cours des 13 derniers jours.
Le 24 octobre dernier, nos membres travaillant à l’usine Lakeside Packers ne sont pas montés dans l’autobus qui les aurait conduits à leur lieu de travail habituel. Leurs principales raisons d’agir ainsi sont énoncées dans ma lettre du 24 octobre au président de l’ACIA (copie ci-jointe).
Je vous prie instamment, Messieurs les ministres, de prendre connaissance des raisons de ma décision et, plus encore, d’intervenir pour vous assurer que le gouvernement du Canada demeure au moins neutre pour la durée de cette grève et dans tout autre conflit syndical‑patronal où des travailleuses et des travailleurs fédéraux devraient œuvrer dans les locaux d’entreprises comptant des employés en grève.
Dans le présent cas, le gouvernement sait qu’il fait face à une situation potentiellement explosive lorsqu’il tente, chaque jour, de transporter ses travailleuses et ses travailleurs au‑delà de la ligne de piquetage. Malgré cela, par l’intermédiaire de l’ACIA, il s’est associé à l’entreprise pour envenimer une situation déjà tendue en violant le protocole de piquetage en vigueur.
Plus particulièrement, il a transporté et continue d’essayer de transporter nos membres jusqu’à l’usine, en utilisant des routes en gravier aménagées par l’entreprise après le début de la grève, dans l’intention de réduire l’incidence de celle‑ci. En plus d’utiliser ces quelque 13 routes d’accès nouvellement aménagées, l’ACIA a accédé à la demande de la direction, et, à une occasion, a transporté nos membres de l’autre côté de la ligne de piquetage, en passant par un champ. Elle a également constamment fait appel aux superviseurs de l’entreprise pour faire franchir les lignes de piquetage à nos membres. En outre, par l’intermédiaire de l’ACIA, le gouvernement canadien a communiqué quotidiennement par cellulaire avec des représentants de la direction de l’entreprise pour contourner les points d’accès à l’usine ayant les plus longues lignes de piquetage.
Ces mesures, ainsi que d’autres, sont considérées, à juste titre, comme des provocations par l’Union des travailleuses et travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC) et par plusieurs de ses membres en grève. Je peux vous assurer que bien que le syndicat n’a pas nui et ne nuira pas à la sécurité de nos membres employés par l’ACIA, la collectivité de Brooks en Alberta, est totalement divisée et des actions entreprises par des individus supportant l’un ou l’autre camp ont nui à la sécurité de nos membres, non seulement à l’usine, mais aussi dans la collectivité.
Cette situation exige que le gouvernement prenne des mesures au plus haut niveau et sur deux fronts. Premièrement, je propose que vous fassiez bien comprendre à l’ACIA que le gouvernement du Canada doit demeurer neutre dans le présent conflit de travail et que toute collusion avec l’entreprise n’a pas sa place. Étant donné que l’ACIA ne comprend pas le besoin de demeurer neutre, je pense qu’il pourrait s’avérer utile que vous assistiez tous les deux à la réunion que j’ai demandée avec le président de l’ACIA.
Deuxièmement, en ce qui concerne la politique gouvernementale, je prie instamment le ministre Fontana de présenter une loi antibriseurs de grève, visant les travailleuses et les travailleurs régis par le Code canadien du travail et de collaborer sans tarder avec les ministres du Travail provinciaux et territoriaux pour s’assurer que toutes les juridictions canadiennes adoptent une telle loi. Je demande également au ministre Alcock d’adopter, en consultation avec les syndicats du secteur public fédéral, une position ferme sur la façon dont les ministères et agences du gouvernement devront agir dans le cadre de futurs conflits de travail, lorsque les responsabilités en matière de réglementation du gouvernement exigent la présence sur place de travailleuses et de travailleurs fédéraux, dans une juridiction où il n’y a pas de loi antibriseurs de grève ni de dispositions sur l’arbitrage de la première convention collective.
Je vous prie d’agréer, Messieurs les ministres, l’expression de mes sentiments distingués.
La présidente nationale,
Nycole Turmel
c.c.
Le très honorable Paul Martin
Gilles Duceppe, Bloc Québécois
Stephen Harper, chef, Parti conservateur
Jack Layton, chef, Nouveau Parti Démocratique
M. François Guimont
Président de l’Agence canadienne d’inspection des aliments
59, promenade Camelot
Ottawa (Ontario) K1A 0Y9
Monsieur,
Au cours de la fin de semaine des 22 et 23 octobre 2005, j’ai reçu plusieurs appels extrêmement inquiétants tant de la part de nos membres à l’ACIA que de personnes qui ne font pas partie de notre effectif concernant la situation qui prévaut à l’usine Lakeside Packers, à Brooks en Alberta. Ces appels faisaient suite à des incidents antérieurs liés au conflit de travail qui sévit à cette usine et qui ont donné lieu à un refus de travailler aux termes de la partie II du Code canadien du travail.
Dans les circonstances, j’ai immédiatement demandé à Robyn Benson, vice-présidente exécutive régionale de l’AFPC, et à un membre de mon personnel de se rendre en Alberta pour analyser la situation et rencontrer nos membres et votre personnel. Les résultats de leur analyse m’ont amené à conclure que plusieurs mesures prises par l’ACIA ont mis nos membres en grand danger de se blesser.
Les entretiens que nous avons eus aujourd’hui sur place avec des représentants de la direction ont révélé que ces derniers ne comprenaient pas la gravité de la situation et que, à au moins une occasion, ils ont menacé les membres de l’AFPC/ACIA de mesures disciplinaires.
Je demande donc que nous nous rencontrions d’urgence pour examiner des façons de régler cette situation de manière à protéger votre personnel et les membres que nous représentons.
Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.
La présidente nationale,
Nycole Turmel
c.c.
Robyn Benson
L'honorable Andrew Mitchell, ministre de l’Agriculture
L'honorable Joseph Fontana, ministre du Travail
Andrew Raven, Raven, Cameron, Ballantyne, Yazbeck, Ottawa
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