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Par courriel : blackburn.J@parl.gc.ca & Emerson.D@parl.gc.ca

L'honorable Jean-Pierre Blackburn
Ministre du Travail

et

L'honorable David Emerson
Ministre du Commerce international

Messieurs les Ministres,

L'Alliance de la Fonction publique du Canada veut vous exprimer sa grande préoccupation à l'égard des violations des droits syndicaux en Colombie et des nombreux assassinats de leaders et de militants syndicaux qui ont lieu dans ce pays.

Malgré les affirmations du contraire, les meurtres de syndicalistes et de militants et militantes de diverses organisations de la société civile n'ont pas diminué depuis l'élection au pouvoir du président Alvaro Uribe Velez. Dans les trois premiers mois de 2008, 17 syndicalistes ont été tués. Beaucoup d'autres vivent dans la peur constante parce qu'ils font l'objet de menaces de mort et d'intimidation par téléphone, par courriels et par messages alphabétiques et qu'ils sont suivis par des agresseurs potentiels en auto. Les leaders et les militants syndicaux font aussi face à un nombre croissant obstacles de nature juridique, à des licenciements massifs pour avoir exercé leurs droits, à la restriction de leur droit de se syndiquer et de négocier collectivement, au démantèlement forcé des structures syndicales sous prétexte de restructuration ou de privatisation, au rejet des demandes d'accréditation de leur syndicat, etc. Toutes ces violations des droits syndicaux sont bien connues du gouvernement Uribe, mais l'impunité continue de régner. Le fait que seulement 3 % des personnes accusées de crime sont condamnées le prouve bien.

Les syndicalistes assassinés récemment provenaient de divers secteurs, par exemple l'enseignement, les banques et la santé. Le 2 février, José Martin Duarte Acero du syndicat SINTRAMBIENTE a reçu une balle dans le dos à son lieu de travail au parc national La Macarena. Il est mort quelques minutes après avoir raconté à sa famille ce qui s'est passé grâce à son téléphone cellulaire.

Ironiquement, plusieurs meurtres de syndicalistes ont eu lieu aux alentours du 6 mars, date de la « Marche pour la dignité des victimes » tenue en Colombie. Cette marche, appuyée par le mouvement syndical, avait pour but de rendre hommage à toutes les victimes de la violence arbitraire et des conflits armés – notamment les 10 000 personnes portées disparues, les centaines de personnes kidnappées et les milliers de personnes victimes de massacres et de meurtres sélectifs – et d'offrir un soutien aux familles des 2 574 syndicalistes qui ont été assassinés et aux plus de quatre millions de personnes déplacées qui ont pour la plupart perdu toutes leurs terres et tous leurs biens.

Le gouvernement a émis un communiqué disant qu'il n'appuyait pas cette manifestation, mais garantissait qu'elle pourrait avoir lieu. Néanmoins, M. José Obdulio Gaviria, conseiller du président Uribe, a dit publiquement que la marche avait été organisée par les FARC. Malgré une demande des organisateurs de la journée d'action mondiale du 6 mars, aucun porte-parole du gouvernement n'a réfuté ces affirmations. Le climat déjà très tendu s'est dégradé davantage à la suite d'une déclaration du groupe paramilitaire Autodefensas Unidas de Colombia disant que les guérilleros étaient les instigateurs de la marche. À l'approche du 6 mars, des organisations qui faisaient la promotion de la journée d'action à Nariño ont reçu des menaces. Le 28 février, des coups de feu ont été tirés en direction d'une syndicaliste, Adriana González, dans son appartement à Pereira. De nombreux incidents semblables ont eu lieu un peu partout en Colombie. 

Les déclarations de José Obdulio Gaviria ont créé un climat propice à la violence qui a coûté la vie à quatre syndicalistes :

Malgré les protestations à l'échelle internationale, les assassinats et les menaces contre les syndicalistes continuent. En voici des exemples :

Nous avons aussi reçu une alerte de l'Internationale des services publics (qui représente 20 millions de travailleurs et travailleuses dans 160 pays) selon laquelle Maria Fernanda Bolaños, membre du syndicat SINTRAEMSIRVA affilié à l'ISP, a reçu de graves menaces par courriel le 12 mars 2008. Ces menaces faisaient suite aux protestations du personnel des services de gestion des déchets et de l'hygiène publique de Cali contre le projet de privatisation des services et la hausse des tarifs qui devait en résulter. Le syndicat avait présenté des solutions de rechange qui auraient permis de garder les services dans le secteur public, de conserver de bons emplois pour les personnes touchées et d'assurer un service de qualité aux usagers. Depuis qu'ils se sont opposés à la privatisation, les leaders, les membres et les militants de SINTRAEMSIRVA ont été harcelés et menacés.

L'Organisation internationale du travail et d'autres groupes internationaux de protection des droits de la personne ont beaucoup attiré l'attention sur le fait que les droits des travailleurs et travailleuses de la Colombie et de leur syndicat sont systématiquement attaqués. Le gouvernement Uribe est bien informé de ces crimes et infractions, mais n'a pris aucune mesure pour freiner la violence. Par conséquent, nous ne croyons aucunement qu'un accord de libre-échange entre le Canada et la Colombie contribuera à sauver des vies et à réduire les menaces faites aux syndicalistes même s'il comprenait un chapitre sur le travail et une entente particulière parallèle sur le travail. L'expérience d'autres accords commerciaux appuie la thèse de l'Association canadienne des avocats du mouvement syndical voulant que la capacité des travailleurs et travailleuses de défendre leurs droits et leur gagne-pain a été gravement compromise par les accords commerciaux régionaux préférentiels. La situation en Colombie est exacerbée par le refus du gouvernement de réformer ses lois sur le travail pour qu'elles soient conformes aux normes de l'OIT. La Colombie baigne dans l'impunité, et un accord commercial bilatéral avec ce pays ne fera qu'aggraver la situation.

Nous vous demandons donc instamment d'interrompre les négociations en vue d'un accord commercial avec la Colombie jusqu'au moment où les travailleurs et travailleuses de ce pays puissent exercer leurs droits sans mettre leur vie en danger. Un tel accord ne permettra pas de mettre un terme à l'impunité qui favorise la perpétration de tant de crimes contre les syndicalistes et la population civile en générale.   

Veuillez agréez, Messieurs les Ministres, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

Le président national,
John Gordon

c.c.
CEA
Le très hon. Stephen Harper, Premier ministre du Canada
L'hon. Maxime Bernier, Ministre des Affaires étrangères
L'hon. Jack Layton, Nouveau Parti Démocratique du Canada
L'hon. Stéphane Dion, Parti Libéral du Canada
Elizabeth May, Parti Vert du Canada
Ken Georgetti, Congrès du travail du Canada
Peter Hall Jones, ISP
Internationale des Services Publics – Inter-Amérique
Philip Jennings, Secrétaire général UNI
Jacques Lahair, Comité permanent du commerce international
Ambassade du Canada, Bogota

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Date de modification : 2008/04/23

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