Par courriel : embassy@philippineembassy.ca
Madame Gloria Macapagal-Arroyo
Présidente des Philippines
Manille, Philippines
Madame la présidente,
Au nom des 160 000 membres de l'Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC) et plus, nous dénonçons vigoureusement le harcèlement que font subir des hommes armés au représentant Satur Ocampo depuis qu'il est revenu du Canada au terme d'une mission pour faire respecter les droits de la personne, de même que la menace de son arrestation imminente. Sa sécurité ainsi que celle des autres membres de la mission, le représentant Crispin Beltran et la représentante Luz llagan, nous préoccupe au plus haut point.
Selon nous, ces événements revêtent des allures de châtiment qu'inflige le gouvernement philippin à la suite de la position de principes courageuse de M. Ocampo contre les violations incessantes des droits de la personne aux Philippines – exécutions extrajudiciaires et enlèvements arbitraires en particulier – que lui-même et deux autres représentants dûment élus ont expliquées au parlement canadien et à la presse canadienne.
Le représentant Ocampo, président du parti Bayan Muna et leader adjoint de la minorité à la Chambre des représentants, ainsi que le représentant Beltran du parti Anakpawis et la représentante Ilagan du parti des femmes Gabriela étaient de passage au Canada à l'invitation de l'organisme Stop the Killings Network et de L'église Unie du Canada pour y effectuer une tournée nationale du 4 au 18 avril 2008.
Les trois membres du congrès philippin ont informé la population canadienne, les médias et les députés siégeant au sous-comité des droits internationaux de la personne qu'il y a eu sous votre gouvernement plus de 900 exécutions extrajudiciaires et quelque 180 enlèvements arbitraires. Ils nous ont appris qu'ils avaient eux-mêmes été harcelés, arrêtés et intimidés; 132 membres du parti du représentant Ocampo ont été assassinés depuis 2001, et 49 membres du parti Anakpawis et huit membres du parti Gabriela ont subi le même sort.
Ils ont attiré l'attention sur les constatations du rapporteur spécial des Nations Unies, Philip Alston, selon lesquelles les forces armées philippines ont participé aux exécutions et qu'il existe au pays un climat permanent d'impunité.
Il semble que le gouvernement philippin déterre encore une fois des accusations de meurtre contre M. Ocampo ainsi que son collègue au sein du parti Bayan Muna, Teodor Casino, de même que contre la représentante Liza Maza du parti Gabriela et l'ancien représentant du parti Anakpawis, Rafael Mariano. On prétend cette fois-ci qu'ils ont tué trois rebelles rapatriés entre 2001 et 2004. Il est à noter que M. Casino vient de rentrer d'un séjour à l'étranger où il a fait les manchettes en dénonçant les violations des droits de la personne aux Philippines lorsque votre pays a été entendu le 11 avril 2008 par l'instance chargée de l'examen périodique universel des droits de la personne, à Genève.
Ce n'est pas la première fois que le gouvernement tente d'arrêter et de faire taire M. Ocampo et les autres législateurs figurant sur la liste des partis progressistes. Chaque fois, les tribunaux ont écarté les accusations.
En février 2007, M. Ocampo a été arrêté et incarcéré pendant 18 jours – durant la campagne électorale en cours – pour avoir présumément commis des meurtres en 1984, alors qu'il était en prison sous le règne dictatorial de Marcos. Le gouvernement a été débouté par la Cour suprême.
Des accusations de rébellion portées contre MM. Ocampo, Casino, Beltran et Mariano ainsi que contre la représentante Liza Maza du parti Gabriela – figurant sur la même liste de parti que la représentante llagan – ont aussi été rejetées en 2006. Les accusés avaient passé deux mois sous la garde préventive du congrès philippin pour éviter d'être arrêtés. Le représentant Crispin Beltran, âgé de 75, a cependant été arrêté. Il a passé 15 mois en prison où il a été victime de trouble cardiaque. Finalement, les accusations forgées de toute pièce ont été abandonnées.
Satur Ocampo n'en est pas à ses premiers mauvais traitements de la part du gouvernement philippin. Prisonnier politique ayant été détenu le plus longtemps sous la dictature de Ferdinand Marcos, il a aussi été lourdement torturé. Dernièrement, M. Beltran a été détenu pendant un an et demi et la représentante llagan, accusée de sédition, a survécu, en novembre dernier, à l'explosion d'une bombe au congrès philippin. Son chauffeur et cinq autres personnes y ont trouvé la mort.
Nous demandons au gouvernement philippin de mettre immédiatement un terme au harcèlement de Satur Ocampo, du représentant Beltran, de la représentante llagan, du représentant Casino et des autres représentantes et représentants élus figurant sur les listes de parti de ces organisations.
Veuillez agréer, Madame la présidente, mes salutations distinguées.
Le président national de l'Alliance de la Fonction publique du Canada,
John Gordon
c.c.
Comité exécutif de l'Alliance
Internationale des services publics
Congrès du travail du Canada
Louise Casselman, Fonds de justice sociale
Ministre des Affaires étrangères et du Commerce international
Ambassade canadienne aux Philippines (par télécopieur – 02.843.1082/02.8579173)
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Date de modification : 2008/04/25
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